Crise monétaire : quel débat ?

Le débat avance avec la crise, et en France, dans les vieux médias centralisés, seul Frédéric Taddéï dans son émission « ce soir ou jamais » traite réellement le sujet invitant sur son plateau des citoyens qui ont des avis pertinents et non conservateurs sur la question. Dans sa dernière émission du 7 décembre il recevait un des fondateurs du site bankrun2010.com qui avait surfé sur la vidéo de Cantona, et il y a deux semaines il avait reçu Paul Jorion.

Mais ça patine…

Jorion ne sort pas de son idée « d’interdire les paris sur les prix » ce qui ne veut pas dire grand chose. Tout le monde parie sur les prix dès qu’il investit dans quelque chose de « concret » ou de « virtuel » ce qui du point de vue de la définition de la valeur ne constitue en rien une différentiation pertinente. Je ne vois pas comment ni avec quelle légitimité, on peut empêcher les joueurs de World of Warcraft de faire du trading dans le jeu, avec la monnaie du jeu, puis de revendre la monnaie du jeu ainsi gagnée en « monnaie réelle ». C’est ce qu’ils font, sur leur temps (donc leur investissement), et ils y prennent plaisir, sans léser personne que ceux qui ne connaissent pas WoW et ne comprennent pas grand chose à l’économie multiforme et révolutionnaire de l’informatique.

S’ils le font dans un jeu aussi « virtuel », qui peut l’empêcher et avec quelle légitimité dans ce qu’on appellerait le « réel » ? Qu’est-ce qui est « réel » ? La valeur est liée au simple désir d’obtenir quelque chose, quoi d’autre ? Le désir est-il « virtuel » ou « réel » ? Il n’y a pas de choix à faire de ce côté là. Ca n’a aucun sens. Définir de façon péremptoire ce qui est valeur ou pas, c’est tenter d’imposer ses vues à autrui. C’est de l’ordre du rapport de force et c’est détestable.

Le fondateur de « bankrun2010 » proposait lui de mettre son argent dans des Banques « responsables », et là, c’est bien une idée audible, mais je suis toujours très circonspect sur l’approche, je l’affirme haut et fort à qui peut l’entendre. En quoi mettre la poussière sous le tapis, fait-il disparaître la poussière ? En quoi passer l’explosif au voisin supprime-t-il l’explosivité ? En quoi passer le poison à la prochaine génération aura-t-il été un changement curatif de système ? En quoi le principe du jeu des chaises musicales est-il légitime pour gérer l’économie ?

Vieux système d’émission d’information asymétrique

A aucun moment ces « débatteurs » ne remettent en cause le système dans ses fondamentaux ultimes. Un système qui crée de la monnaie par effet de levier, et rémunère l’initié, l’émetteur central, le système bancaire au % sur la monnaie émise.

Parce qu’ils n’ont pas d’alternative. Ils n’ont pas pensé la monnaie. Ils ne voient pas les causes, mais tentent de réparer leurs conséquences visibles.

Où est le débat sur les fondamentaux ultimes d’un système monétaire ? Il n’existe pas, parce qu’il n’est pas compris. On tente seulement de le rendre plus supportable, comme un esclave enchaîné qui demanderait un peu plus de longueur à sa chaîne.

Quelle est la légitimité d’une monnaie arbitrairement émise ? Pourquoi des producteurs libres accepteraient d’être soumis au dictat d’un comptable central universel auto-proclamé, rémunéré à la commission sur les échanges, et non pas au temps et à la qualité de son travail, et qui serait très avantageusement remplaçable par un réseau informatique autonome tenant les comptes de chacun ? Depuis quand les ingénieurs réseaux se rémunèrent au chiffre d’affaire de leurs entreprises et de leurs clients ? Un fournisseur d’accès à internet, aurait-il la légitimité de se payer via une taxe sur les revenus de ses abonnés ?

Pourquoi des producteurs libres et co-propriétaires de leur espace commun, que sont les citoyens souverains, acceptent d’utiliser une monnaie commune, abitrairement contrôlée et taxée par une minorité ? Ceux là même qui se sont précipités sur l’intérêt d’un réseau symétrique et acentré, l’internet, au détriment d’un ancien réseau inefficace, désuet, centralisé, arbitraire, qu’était le Minitel, ne voient pas la structure du système monétaire auquel ils font allégeance.

Il n’y a pas de « faute » des Banques, non plus que du système des réserves fractionnaires. Tant que l’internet n’était pas accessible il était tout à fait justifié d’utiliser le Minitel. Mais du moment que l’internet est accessible, qui ne voit pas l’interêt d’un réseau permettant la libre production de biens et de services, le libre échange d’information, de débat, de rencontres ? Qui ne voit toute la différence que procure la symétrie d’accès et de production pour chaque individu à la fois émetteur et récepteur ?

 Structure acentrée d’un réseau P2P

Qui donc ne voit pas la différence entre un système monétaire centré, arbitraire, totalement incapable de répondre à l’explosion de la production individuelle libre, avec un système basé sur un crédit mutuel symétrique, universel, permettant à tous de produire et d’échanger sans entrave autre que le respect du crédit fait à autrui, de façon équitable et dans une mesure commune minimale ?

Le crédit mutuel minimal, symétrique dans l’espace et dans le temps, que constitue le Dividende Universel, conséquence de la Théorie Relative de la Monnaie, qui place l’homme comme centre d’émission fondamentale de la monnaie, tout comme centre d’appréciation libre de toute valeur, voilà qui change le système au plus profond de ses axiomes fondamentaux. Voilà un débat entre des conservateurs, les défenseurs d’un système du passé, et des promoteurs d’une alternative, d’un profond changement de paradigme.

Mais sauf à revoir profondément le consensus sur ce que doit être la monnaie ou pas, toutes ces agitations ne sont pas un débat, mais uniquement des réactions de colère, sans doute justifiées, mais insuffisantes dans le sens où elles sont incapables de proposer des alternatives, par ignorance des mécanismes qui font des axiomes fondamentaux les causes ultimes des effets induits par tout système.

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Commentaire

Crise monétaire : quel débat ? — 7 commentaires

  1. La Banque Centrale Européenne est devenue une gigantesque fosse à m….

    La Banque Centrale Européenne a racheté des dizaines de milliards d’euros d’obligations d’Etat, mais ce sont des obligations pourries : ce sont des obligations de l’Etat portugais, de l’Etat irlandais, de l’Etat italien, de l’Etat grec, de l’Etat espagnol.

    La Banque Centrale Européenne a dans son bilan des dizaines de milliards d’euros de ces obligations DONT LA VALEUR REELLE EST EGALE A ZERO.

    Lundi 13 décembre 2010 :

    La Banque centrale européenne (BCE) envisage de demander une augmentation de son capital aux pays membres de la zone euro, a-t-on déclaré à Reuters de sources proches de la BCE.

    L’une d’entre elles a précisé que l’une des options sur la table était le doublement du capital de la BCE, qui, selon les sources, s’inquiète des pertes potentielles liées aux achats d’obligations auxquels elle procède depuis le mois de mai.

    La banque centrale de la zone euro a annoncé lundi avoir acquis pour 2,667 milliards d’euros d’obligations lors de la semaine au 10 décembre, contre 1,965 milliard la semaine précédente, ce qui porte ses rachats totaux à 72 milliards d’euros.

    La BCE avait décidé de procéder à ce type de rachats après le plan de sauvetage établi par la Grèce.

    Les montants hebdomadaires achetés atteignent ces semaines des niveaux jamais vu depuis le mois de juin dans un contexte de plan d’aide à l’Irlande, deuxième pays membre de la zone qui a dû faire appel à une assistance extérieure.

    La Grèce et l’Irlande ont ou vont recevoir un total de 195 milliards d’euros, des fonds fournis par l’Union européenne et le Fonds monétaire international (FMI). Bon nombre d’analystes pensent que le Portugal sera bientôt le prochain sur la liste.

    La BCE ne donne pas de détails sur ces achats, mais la plupart des analystes estiment que la banque centrale concentre ses achats sur la dette des pays en difficulté tels que l’Irlande, la Grèce et le Portugal.

    « En ce moment, les montants achetés par la BCE restent modestes, mais que se passerait-il si, d’une part, les volumes achetés augmentaient de manière sensible et que, d’autre part, les obligations perdaient tout à coup 30 % de leur valeur », a dit l’une des sources.

    La BCE s’est refusée à tout commentaire.

    Sa base de capital souscrit est de près de 5,8 milliards d’euros, alors que la taille de son bilan s’approche des 138 milliards d’euros, selon le dernier rapport annuel de la BCE.

    http://fr.reuters.com/article/businessNews/idFRPAE6BC0XO20101213

  2. @BA oui je viens de voir ça. Ceci dit c’est ce que font les USA depuis un bon moment. Il est normal de monétiser la dette des Etats quand il n’y a plus d’entrées, ça dévalue la monnaie.

    Quant à savoir ce qui est « valeur » dans la monnaie, à part des chiffres, c’est quoi la « valeur » ?

    Ce qui me gêne ce n’est pas de remonétiser la zone, c’est que ça se fasse par émission centrale au lieu d’un Dividende Universel.

    Ensuite quand je lis ici ou là « monnaie émise à partir de rien », je pouffe. 27 pays et 330 millions de citoyens souverains, ça n’est pas « rien ». C’est une valeur incommensurable qu’une infinité d’euros ne pourra jamais « acheter ».

    Le problème est dans la structure de l’émission monétaire, et du contrat monétaire entre des citoyens souverains. Pas dans la « valeur » de quoi que ce soit.

  3. La BCE songe à une augmentation de capital. L’Allemagne serait d’accord.

    La Banque centrale européenne (BCE), qui soutient depuis plusieurs mois en achetant de la dette les pays les plus fragiles de la zone euro, envisage d’augmenter son capital, a indiqué mardi 14 décembre à l’AFP une source européenne, et l’Allemagne appuierait cette démarche.

    La BCE envisage de demander aux banques centrales nationales qui détiennent son capital de l’augmenter, selon une source européenne proche du dossier.

    Une augmentation de capital sera à l’ordre du jour de la prochaine réunion du conseil des gouverneurs de la BCE jeudi 16 décembre, et des discussions sont en cours entre l’institution monétaire européenne et les banques centrales nationales, selon cette source.

    Le capital de la BCE a une valeur nominale de 5,76 milliards d’euros par rapport à une somme de bilan de 138 milliards d’euros, selon son rapport annuel de l’an dernier.

    Son capital est détenu par les banques centrales de tous les pays de l’Union européenne. Les pays de la zone euro en possèdent environ 70%, les autres pays de l’Union Européenne 30%.

    La BCE, garante de la stabilité des prix dans la zone euro, a décidé au printemps dernier sur fond de crise de la dette grecque d’intervenir directement, en achetant des titres des pays les plus malmenés sur les marchés.

    A ce jour, elle a acheté pour 72 milliards d’euros d’obligations principalement grecques, portugaises et irlandaises.

    En réalité, ces achats sont réalisés par la BCE et les banques centrales nationales qui composent avec elle l’Eurosystème, dont la somme de bilan avoisine les 2.000 milliards d’euros.

    http://www.romandie.com/ats/news/101214141140.jvb9h9gp.asp

  4. Il suffit de lire les chiffres pour comprendre les besoins de la BCE. Ses comptes affichent un montant de capital souscrit de 5,8 milliards d’euros pour un total de bilan de 138 milliards d’euros, et encore, ces données remontent à fin 2009, avant que la BCE ne se lance dans des opérations de sauvetage.

    Le ratio de levier financier s’élève donc à 24, score que l’on jugerait dangereux pour une banque commerciale et qui est à peine inférieur… à celui qu’affichait Lehman Brothers avant d’imploser.

    (Article du Monde.fr)

    Ces données remontent à fin 2009.

    Et fin 2010 ?

    Où en est la BCE fin 2010 ?

    A combien s’élève son ratio de levier financier ?

    En tout cas, la situation de la BCE est à ce point désespérée que jeudi 16 décembre, les dirigeants de la BCE vont aller à Bruxelles mendier auprès des chefs d’Etat et de gouvernement.

    Les dirigeants de la BCE vont implorer les chefs d’Etat et de gouvernement :

    « Nous avons fait le sale boulot : nous avons racheté des obligations pourries, que plus personne ne veut ! Nous avons racheté des obligations pourries de l’Etat portugais, de l’Etat irlandais, de l’Etat italien, de l’Etat grec, de l’Etat espagnol ! Et maintenant, nous sommes en faillite ! Vous devez nous recapitaliser ! Vous comprenez, la Banque Centrale Européenne est TOO BIG TO FAIL ! »

    Comme d’habitude, les chefs d’Etat et de gouvernement vont renflouer une banque en faillite avec l’argent des contribuables.

    Cette fois, les contribuables européens vont payer des milliards d’euros pour recapitaliser la Banque Centrale Européenne.

    Mais à part ça, c’est toujours la même chanson : recapitaliser une banque en faillite avec l’argent des contribuables.

    Comme d’hab.

  5. La zone euro va exploser. L’Espagne sera l’étincelle.

    Plus les jours passent, plus l’Espagne se surendette.

    Plus les jours passent, plus l’Espagne se rapproche du défaut de paiement.

    – Emprunt à 12 mois :

    En août 2010, l’Espagne avait lancé un emprunt à 12 mois : l’Espagne avait dû payer un taux d’intérêt de 1,836 %.
    En septembre 2010, l’Espagne a dû payer un taux d’intérêt de 1,908 %.
    En novembre 2010, l’Espagne a dû payer un taux d’intérêt de 2,363 %.
    Mardi 14 décembre 2010, l’Espagne a dû payer un taux d’intérêt de … 3,449 % !

    – Emprunt à 18 mois :

    En août 2010, l’Espagne avait lancé un emprunt à 18 mois : l’Espagne avait dû payer un taux d’intérêt de 2,078 %.
    En septembre 2010, l’Espagne a dû payer un taux d’intérêt de 2,146 %.
    En novembre 2010, l’Espagne a dû payer un taux d’intérêt de 2,664 %.
    Mardi 14 décembre 2010, l’Espagne a dû payer un taux d’intérêt de … 3,721 % !

    http://fr.reuters.com/article/frEuroRpt/idFRLDE6BD0YF20101214

    – Emprunt à 10 ans :

    Jeudi 16 septembre 2010, l’Espagne avait lancé un emprunt à 10 ans : l’Espagne avait dû payer un taux d’intérêt de 4,144 %.
    Jeudi 18 novembre 2010, l’Espagne a dû payer un taux d’intérêt de 4,615 %.
    Jeudi 16 décembre 2010, l’Espagne a dû payer un taux d’intérêt de … 5,446 % !

    Dernier chiffre connu (jeudi 16 décembre, vers 21 heures) :

    Espagne : taux d’intérêt des obligations à 10 ans : 5,516 %.

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GSPG10YR:IND

    – Emprunt à 15 ans :

    Jeudi 21 octobre 2010, l’Espagne avait lancé un emprunt à 15 ans : l’Espagne avait dû payer un taux d’intérêt de 4,541 %.
    Jeudi 16 décembre 2010, l’Espagne a dû payer un taux d’intérêt de … 5,953 % !

  6. Le capital et les réserves de l’Eurosystème sont de 78 milliards 189 millions d’euros.

    Les soi-disants « actifs » de l’Eurosystème sont de 1951 milliards 661 millions d’euros.

    L’effet de levier est donc de 24,96 !

    http://www.ecb.int/press/pr/wfs/2010/html/fs101214.fr.html

    Mais parmi ces soi-disant « actifs » de l’Eurosystème, combien y a-t-il de centaines de milliards d’euros d’obligations pourries ?

    Parmi ces soi-disant 1951 milliards d’euros d’ « actifs », combien y a-t-il de centaines de milliards d’euros d’obligations dont la valeur réelle est égale à zéro ?

    Parmi ces soi-disant 1951 milliards d’euros d’ « actifs », combien y a-t-il de créances irrécouvrables ?

    Premier article de presse à lire absolument :

    « Mais le problème de fond n’est pas au niveau des chiffres. L’Eurosystème souscrit depuis un bon moment aux emprunts d’Etat émis par des pays de second rang comme l’Irlande, la Grèce, le Portugal ou l’Espagne, les fameux « PIGS ». Si un seul se déclarait en faillite, la banque centrale perdrait gros.

    L’Eurosystème a aussi accordé des prêts aux banques de ces pays pour 334 milliards d’euros. »

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2010/12/15/les-banques-centrales-des-pigs-doivent-se-recapitaliser-sans-tarder_1453711_3234.html

    Deuxième article de presse à lire absolument :

    Depuis le mois de mai et la crise grecque, la BCE est en effet intervenue directement sur le marché obligataire et a racheté 72 milliards d’euros d’emprunts grecs, portugais, irlandais et espagnols, afin de réduire le coût de refinancement de ces États.

    L’augmentation de capital de la BCE peut aussi être interprétée comme « un appel à la responsabilité des dirigeants de la zone euro » qui ne sont toujours pas prêts à augmenter leur fonds d’aide aux pays en difficulté, considère Philippe Simonnot.

    « Jean-Claude Trichet (son président) veut montrer qu’il ne pourra pas faire plus que ce qu’il fait déjà », car la BCE a un capital limité. Les États devront donc trouver une solution globale à la crise pour calmer l’inquiétude des investisseurs.

    Pour Gilles Moëc, économiste à la Deutsche Bank, la BCE signifie aux États que « son intervention n’est pas gratuite ».

    Ce message sera d’autant mieux relayé si les banques centrales nationales, qui souscriront à l’augmentation de capital de la BCE, décident de puiser dans leurs bénéfices et réduisent au passage les dividendes qu’elles versent chaque année à leur État respectif en fonction de leurs résultats. Un manque à gagner potentiel de 820 millions d’euros pour la France.

    Mais elles pourraient tout aussi bien choisir de taper dans leurs réserves. Une solution moins favorable à la solvabilité du système, alors que la capitalisation totale des banques centrales de l’Euroland est limitée à 78 milliards d’euros pour un bilan consolidé de près de plus de 1.900 milliards…

    Un « effet de levier équivalent, voire plus important que celui des banques commerciales à qui l’on a reproché leur imprudence », rappelle Philippe Simonnot qui dénonce une véritable « fuite en avant » du système.

    http://www.lepoint.fr/economie/les-lecons-de-l-augmentation-de-capital-exceptionnelle-de-la-bce-17-12-2010-1276862_28.php

  7. A propos de la Banque Centrale Européenne : c’est le contribuable qui paiera la note.

    « Le contribuable à la rescousse de sa banque centrale.

    Ce n’est qu’une phrase dans la déclaration finale des chefs d’Etat de la zone euro lors du Conseil européen du vendredi 17 décembre. Mais elle pourrait peser plusieurs milliards d’euros dans les comptes publics des seize états de la monnaie unique.

    Ces dirigeants européens déclarent en effet « être déterminés à garantir l’indépendance financière des banques centrales de l’Eurosystème », c’est-à-dire de la Banque Centrale Européenne (BCE) et des seize banques centrales nationales des pays ayant adopté l’euro, à l’instar de la Banque de France.

    Cela rappelle que les contribuables des seize Etats membres doivent renflouer la banque centrale de leur pays (par exemple les Français pour la Banque de France) si elle n’était plus suffisamment capitalisée pour continuer sa mission.

    Le président de la BCE, Jean-Claude Trichet, a pris soin de faire répéter cette obligation aux chefs d’Etat lors du dîner du jeudi 16 décembre. Le matin même, il avait acté avec ses homologues du Conseils des gouverneurs de la BCE le doublement du capital de la banque, grâce à une injection de 5 milliards d’euros venant des seize banques centrales nationales (711 millions d’euros pour la Banque de France).

    Jean-Claude Trichet s’inquiète de couvrir les pertes éventuelles qu’encourent la BCE et, par ricochet, les banques centrales nationales de la zone euro, si les obligations de la Grèce, de l’Irlande, du Portugal et de l’Espagne, qu’elles ont achetées pour 72 milliards d’euros depuis mai 2010 pour aider ces Etats membres, n’étaient pas remboursées.

    Dès lors, le contribuable paierait aussi cette note d’une faillite d’un Etat de la zone euro, comme la Grèce ou l’Irlande, jusqu’ici secouru par la BCE et ne pouvant plus rembourser ses emprunts. »

    Frank Paul Weber, La Tribune, lundi 20 décembre 2010, page 6.

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