jeudi 2 septembre 2010

"Rien n'est plus puissant qu'une idée dont l'heure est venue"

Cette citation de Victor Hugo s'applique selon Götz Werner au "Revenu de Base" qui a le vent en poupe en Allemagne. C'est Olivier Auber, créateur du concept (génial) de "perspective numérique", et germanophile enthousiaste qui nous a twitté ce matin un lien vers une traduction d'une interview , publiée sur Médiapart de cet entrepreneur Allemand à succès fondateur de la chaîne de magasins "DM".

Je dois dire que les arguments développés dans cet interview sont totalement compatibles avec ceux que j'ai développés ici, et je me sens parfaitement en phase avec tout ce que nous dit Götz Werner (y compris concernant sa vision de l'entreprenariat). Je pourrais reprendre ici toute l'interview, mais comme c'est déjà disponible ailleurs, j'ai choisi d'en citer les perles les plus brillantes :

" (le revenu de base) réduirait la bureaucratie liée aux aides sociales de façon spectaculaire"

"Le problème de financement ne se pose pas. Nous ne vivons pas d’argent, mais de marchandises"

"Le partage est un terme inapproprié, contaminé par le vocabulaire socialiste"

"Ce qui était dans le passé un bout de terre, est aujourd'hui un revenu de base, soit l'équivalent d'hommes libres sur un lopin de terre libre"

"Des centaines de milliers de citoyens ont tellement de revenus (location, capital…), qu'ils n'auraient pas besoin de travailler …  et pourtant ils travaillent, et souvent dur"

" «Être libre, c’est pouvoir faire ce que nous croyons devoir faire sans en être empêchée par rien ni personne» – cette phrase de Rousseau devient la nouvelle règle"

"Imaginez ce sentiment sublime: vous vous promenez dans les rues et vous ne voyez autour de vous que des gens faire quelque chose parce qu’ils ont envie de le faire"

"Si je n'ai pas à me soucier de ma subsistance, je peux tester de nouvelles idées.Tous les deux nous pouvons nous lancer en tant que musiciens ou pour monter une start-up en informatique, le revenu de base nous donne la liberté d'essayer. Ainsi, nous prenons des risques, développons notre esprit d'entreprise"

"Quand vous forcez les gens à travailler, ils ne font rien de bon"

"L'homme a toujours tendance à vouloir aller au-delà de lui-même. Cette initiative sera renforcee grace au revenu de base"

"La paresse est une maladie. Sinon on pourrait simplement dire : « s’il est si paresseux, il n’a qu’a mourir de faim »"

"Il est évident que les bénéficiaires de Hartz IV (NDLR l'équivalent du RSA en France) perdent une partie des droits de l’homme... Hartz IV est contraire à plusieurs articles de la Loi fondamentale: le travail forcé est y interdit, le libre choix de l'emploi y est garanti, ainsi que la liberté d'établissement et de logement, ce qui n’est pas vrai avec Hartz IV, tout comme dans une prison ouverte"

"En outre, on oublie toujours que les bénéficiaires de Hartz IV reçoivent moins de subventions étatiques que les membres des classes moyennes et supérieures: Si vous allez deux fois par mois avec votre femme a l'opéra (fortement subventionné), vous recevrez de la communauté plus d’argent que la plupart des bénéficiaires de Hartz IV"

"Après que la Cour constitutionnelle a reconnu (il y a quelques semaines) qu’un minimum mensuel est nécessaire si l’on veut avoir une vie digne, il n'y a plus qu'un petit pas a faire pour arriver au revenu de base"

"Les hommes politiques sont guidés par le vent qui souffle de la société – et je travaille à renforcer ce vent. Quand nous aurons changé les mentalités, alors les politiques réagiront. Ce sont les mots de Victor Hugo: « rien n'est plus puissant qu'une idée dont l'heure est venue »"

vendredi 27 août 2010

Masse Monétaire Euro Août 2010

La BCE vient de publier l'état de la masse monétaire Euro pour Août 2010 (état consolidé à fin Juillet).

Nous sommes toujours en pleine stagnation (la masse totale des crédits alloués n'augmente plus), et on ne voit toujours pas de signe de redémarrage.

Ce n'est guère étonnant, et je poursuis l'explication du phénomène. Les Banques étant actuellement en "haut de bilan" c'est à dire qu'elles ont créé le maximum, et même au delà de ce qu'il est leur est réglementairement permis de créer comme crédits atteignant leur effet de levier maximum, elles ne sont pas en mesure de prêter plus, à moins de procéder à une recapitalisation massive pour créer un nouveau cycle spoliateur. Vous aurez noté d'ailleurs que c'est bien le moment, en fin de cycle spoliateur de création monétaire centrale de créer de nouvelles banques, ou de se recapitaliser en entrant en Bourse comme vient de le faire l'Agricultural Bank of China qui a levé 22 milliards de dollars en Juillet.

Pendant que ces opérations de début de nouveau cycle monétaire se font (rachat de Banques plus faibles, recapitalisation, levées de fonds en Bourse...), c'est la Banque Centrale qui assure le relais en prêtant aux Etats et aux Banques fragilisées par la faillite (forcée et mécanique) de plusieurs de leurs emprunteurs.

Il suffit donc de guêter la masse monétaire pour savoir quand la véritable "reprise" sera là. En fait quand le nouveau cycle démarrera, une fois que les nouvelles règles centralisées auront été édictées (ACTA, Hadopi, Neutralité du net etc...)...

La monnaie et son système de création associé est le premier facteur conditionnant de toute économie. A ne pas vouloir comprendre le poids que ce système fait peser sur la liberté individuelle, l'homme en est l'esclave et non le maître.

samedi 14 août 2010

BitCoin, un système monétaire P2P crypté

Je viens de découvrir l'excellent projet Open Source BitCoin encore en béta-test, et qui est extrêmement prometteur. Il se rapproche au plus près de ce qu'on peut espérer de mieux comme système monétaire P2P.

BitCoin se présente comme un logiciel multiplateforme qui une fois lancé se connecte aux autres logiciels connectés, et commence à générer des "blocs" cryptés assurant par leur nombre et leur dissémination dans le réseau, la sécurité du système.

 Crypté, P2P, Open Source, le rêve absolu... :)

Par contre le système monétaire initialement retenu crée la monnaie de façon un peu curieuse, sur la base de ces noeuds, dans un modèle un peu bancal qui associe une sorte de Dividende "Machine" limité dans le temps (il décroît au fur et à mesure que la monnaie se crée) jusqu'à une quantité limite de 21 Millions de BitCoins. C'est donc un crédit mutuel "machine" (versé à une machine, on ne voit d'ailleurs rien pour empêcher de faire tourner plusieurs machines) limité. Or comme nous l'avons déjà vu le problème de ce type de création monétaire à dividende non constant est l'asymétrie temporelle. Les premiers entrants disposeront de la monnaie créée à leur avantage, les derniers entrants d'aucune.

De plus le crédit mutuel limité favorise les tenants de monnaie qui l'accumulent. Parce qu'au fur et à mesure que ceux-ci accumulent la monnaie, ils créeront un cycle de déflation dans le reste de l'économie (et probablement à ce moment là la fuite des participants, se voyant proposer toujours moins de monnaie pour leurs services).

Pourtant la philosophie monétaire fondamentale des développeurs me semble excellente :

- Une monnaie non "backée" par une valeur spécifique (toujours décidée par des centralisateurs) :

"BitCoin a de la valeur parce qu'il est accepté comme paiement par beaucoup de membres."

"Dans un sens, vous pourriez dire que BitCoin est "backé" par le prix des échanges"

En total accord avec la théorie relative de la monnaie. C'est en fait le collectif qui accepte la monnaie qui en fait la valeur, basée sur la confiance mutualisée. Celle-ci étant à son tour dépendante de comment cette monnaie est créée (ce qui explique la défiance envers les monnaies officielles créées de façon péremptoire, arbitraire, non symétrique, et pour tout dire spoliatrice).

La création monétaire a été paramétrée ainsi.

A part ce biais dans le système monétaire initial choisi par les développeurs (curieux de proposer le temps machine comme base de création monétaire plutôt que le temps de cerveau ! :) ),  l'outil lui même est par contre excellent, reposant sur un réseau P2P crypté, totalement en phase avec une monnaie symétrique. Il est donc possible de l'utiliser pour créer un système monétaire quel qu'il soit, ceci étant indépendant de l'outil.

Et par exemple un Dividende Universel évidemment.

jeudi 12 août 2010

Google contre FaceBook sur la monnaie

Google serait en passe d'annoncer l'achat de de Jambool éditeur de "social gold" un système de paiement pour jeu social, suivant les pas des crédits Facebook.

La course vers les monnaies adaptées à l'économie de l'information s'accélère, sans aucun doute à cause de l'incapacité des acteurs bancaires de suivre le rythme imposé par les développeurs technophiles, ce qui réclamerait soit la passion pour l'informatique illustrée à merveille par la définition du mot "hacker", soit des investissements importants dans la technologie, ce qui au vu des interfaces que nous proposent les Banques en 2010, s'avère n'exister qu'au sein d'un vide d'incompréhension sidéral de ce qu'est l'ergonomie, le traitement graphique des données, la facilité d'usage, etc...

Ces solutions toutefois, sont bien loin d'être des véritables options monétaires véritables. Il s'agit de transformer de la monnaie officielle en crédits communautaires, en étant taxé au passage, avec toutefois la possibilité éventuelle de ne plus être taxé une fois la monnaie "créée" (en fait stockée) au sein du système qui reste à démontrer.

Ancienne pièce d'or (source wikimedia)

A priori donc pas de création monétaire associée, quoique rien n'empêche alors les tenants d'une monnaie de créer un surplus de monnaie de façon cachée à leur convenance, créant ainsi une inflation leur bénéfice, dans le plus pur style de l'arnaque officielle.

Si vous ne comprenez pas le mécanisme monétaire de ce qui est proposé dans l'ensemble de ses dimensions : non seulement dans sa partie locale, mais aussi dans sa partie globale : son flux global, son système de création, le contrôle de sa masse totale, les taxations éventuelles qui posent de gros problèmes de pouvoir central, le rapport entre taux d'intérêt / taxes et croissance de la masse monétaire... Ou si ces mécanismes sont décidés unilatéralement Alors il vaut mieux s'abstenir de l'utiliser. C'est comme entrer au capital d'une entreprise sans s'assurer qu'une minorité de blocage peut empêcher de créer autant de nouvelles actions que nécessaire pour rendre les vôtres totalement sans valeur.

Il devient urgent au fur et à mesure du développement de ces gigantesques pyramides de ponzi potentielles de proposer un système monétaire libre et transparent à création décentralisée sous la forme du dividende universel. Sans transparence de la création de la monnaie que vous utilisez, vous en êtes non pas l'utilisateur conscient et responsable, mais l'esclave de ceux qui en possèdent les leviers.

mardi 3 août 2010

Masse monétaire Euro Juillet 2010

Après un petit tour à Créon où j'ai joué le désormais fameux tournoi international d'échecs (où Laurent Fressinet himself s'est autrefois distingué), il est temps de passer aux choses un peu plus sérieuses (à regrets), et de se mettre à jour des publications mensuelles de la Banque Centrale Européenne concernant la masse monétaire M3.

 Le taux de croissance de M3 est toujours proche de 0, mais semble repartir difficilement vers le haut. On ne peut pas encore parler de "reprise" il faudra pour cela que M3 atteigne le taux de croisière long terme normal, de 5% / an (et on ne saurait trop déconseiller de prendre donc des prêts ou des engagements, qui devraient être théoriquement illégaux, à des taux d'intérêts supérieurs à 5% / an).

Il n'est jamais superflu de rappeler le fondamental. Dans un système monétaire tel que celui qui nous est imposé, toute la monnaie en circulation représente de la dette (dette des Etats, des entreprises, des Banques), créée par effet de levier. Si la croissance des dettes émises (donc de la monnaie totale en circulation), est inférieure au taux d'intérêt moyen dans une zone quelconque de l'économie, alors cette dette est MECANIQUEMENT irremboursable, et les faillites sont forcées, quelle que soit la réalité économique sous-jacente, puisqu'il faut rembourser des euros artificiellement créés ou pas, ici ou là, de façon totalement imprévisible et arbitraire (sur une notion de valeur unilatéralement et arbitrairement décidée par la sphère bancaire, en totale contradiction avec le droit constitutionnel).

Ce n'est donc pas tant l'économie qui est imprévisible, que le système monétaire lui même, qui créant l'incertitude totale quant à la possibilité mécanique de pouvoir rembourser les dettes contractées, crée la crainte économique, l'absence d'investissement, la répression, la récession, l'esclavage consécutif à l'assujétissement des citoyens à une impossibilité forcée de rembourser une monnaie dette artificiellement créée, et qui lui est imposée dans une totale absence de choix démocratique.

Le pouvoir est dans ce système aux mains des décideurs du système monétaire, et certainement pas au niveau des politiques. Vous pouvez lire à ce sujet le peu d'information qui filtre des accords de Bâle III en cours de négociation, et qui ne font l'objet d'aucun suivi ni politique ni médiatique.

La seule chose dont on peut être sûr, c'est que le pouvoir de création monétaire ne prévoit pas d'être changé de son mode d'émission centralisé, en mode d'émission symétrique acentré. Toute l'économie étant mécaniquement dépendante de la création monétaire, une monnaie centrée donnera une économie centrée, tout comme un minitel est fondamentalement différent d'internet du fait des protocoles permettant la symétrie ou pas des échanges de production.