Dividende Social

Le système économique est malade d’une gestion de la monnaie idiote. La monnaie n’est que le reflet de la valeur des biens échangés.

Or quand la masse des biens augmente et qu’on augmente la masse de la monnaie par de la DETTE (CREDIT = DETTE), c’est un marché de DUPES.

La DETTE n’a jamais créé aucune monnaie ! Au fur et à mesure de son remboursement la monnaie temporaire ainsi mise sur le marché DIMINUE et finit par disparaître.

DONC tant que la masse de crédits augmente on ne voit rien venir, et quand l’économie arrête de s’endetter (il arrive forcément un moment où le cumul des intérêts à payer devient intolérable, ou que les agents économiques estiment s’être suffisamment endettés), alors la croissance monétaire commence à se dégonfler tandis que la valeur des biens créés continue de monter (QUI A BESOIN DE MONNAIE POUR CREER DE LA VALEUR ? C’est le travail qui la crée, pas besoin de monnaie pour cela).

Le manque de monnaie fait alors chuter les prix (on vend à tout prix !), et crée des DEFLATIONS cycliques.

Une bonne gestion de la monnaie implique de CREER de la vraie monnaie, SANS DETTE ASSOCIEE, qui en fait représente la VALEUR CREE. Et doit être injectée dans l’économie comme le préconise DOUGLAS, sous la forme du « DIVIDENDE SOCIAL« , régulièrement, progressivement et en respectant le RAPPORT Masse monétaire / Valeur des biens échangés. Par ailleurs il convient de limiter le CREDIT, intérêts compris à la masse monétaire réelle (100%) on ne prête pas ce qui n’EXISTE PAS !

Tant qu’on aura pas compris cette évidence on continuera à faire n’importe quoi !

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Démonstration de la crise

La crise est une crise de système et la solution de la relance par la dette ne la résoudra pas à moyen terme, elle ne pourra que ressurgir.

Avant 1971, l’Or était la monnaie réelle de référence. Il a le désavantage de ne pas pouvoir augmenter en quantité, ce qui posait problème justement parce que les biens augmentaient en regard, ce qui provoquait des déflations régulières de la monnaie par rapport à l’or (ce qui en soit est normal, on crée des choses qui valent beaucoup plus que l’Or !).

Ce faisant on a cru que le crédit augmenterait naturellement la masse monétaire, CE QUI EST UNE ERREUR DE JUGEMENT FONDAMENTALE ! Le crédit est amené à disparaître au fur et à mesure que la dette est remboursée.

Prenez un papier avec 4 colonnes : Années, M0 : masse monétaire réelle (L’or avant 1971), M1 : Crédits / Dettes (bilan zéro), puis biens créés.

Année M0 M1 Biens
1 1000 milliards 1000 milliards 1000 milliards
2 1000 milliards 2000 milliards 2000 milliards
6 1000 milliards 8000 milliards 5000 milliards

A partir de l’année 6 les entreprises arrêtent de prendre du crédit s’estimant suffisamment endettées. Donc la masse d’argent crédit ne croît plus, elle diminue car il faut rembourser les emprunts ce qui comble la dette (et qui résorbe donc la masse monétaire crédit).

C’est le moment où les Banques agressent les ménages pour leur vendre du crédit sinon elles ne gagnent plus d’argent ! Mais ça ne compense évidemment pas, et les ménages font comme les entreprises à un certain niveaux ils arrêtent d’en prendre (ce qui est sage !). Il s’agit d’une fuite en avant pour prendre les derniers clients de la Pyramide… Mais ça se retourne contre les Banquiers eux mêmes à la fin !

Le fait d’arrêter de s’endetter diminue M1, puisqu’une fois remboursé dette et crédit disparaissent, il s’agit bien d’argent temporaire (pas fictif, mais temporaire, en diminution constante ou à terme).

Année M0 M1 Biens
7 1000 milliards 7000 milliards 6000 milliards
8 1000 milliards 6000 milliards 7000 milliards
Nous sommes au sommet, juste avant la crise la masse monétaire devient inférieure aux biens
les entreprises n’arrivent plus à vendre la monnaie devient rare et chère !
Elles bradent leurs actifs, actions etc… ce qui entraîne la spirale déflationniste.
9 1000 milliards 4000 milliards 5000 milliards

Déflation. Il faut vendre pour vivre, et le marché ne peut acheter qu’avec la monnaie qui existe pas plus ! Catastrophe, effondrement de la pyramide, « MADOFF puissance 1000« .

La solution qui va être employée par des mécanismes complexes et des faillites qui vont effacer des dettes va contribuer à relever la masse monétaire réelle, de façon MASSIVE, et normalement tout en réduisant la part de crédit que les Banques peuvent créer (en attente du G20).

Mais cette élévation de la masse monétaire réelle va se faire au bénéfice des fautifs : le système Bancaire ! Les Banques Centrales leurs achètent leurs biens non vendables, pour les jeter aux oubliettes, comme si on vous proposait d’acheter votre grenier un bon prix.

Pourtant il s’agit de NOTRE MONNAIE à tous ! Elle n’a aucune valeur autre que celle que nous avons choisi de lui donner, la vraie valeur ce sont les biens.

Le dividende social éviterait cet effondrement cyclique inévitable en jouant sur la monnaie réelle, directement et progressivement, et en limitant la totalité des crédits à 1 voire 2 fois la masse monétaire réelle, empêchant tout excès, tout en contribuant à une juste répartition de la monnaie (qui n’est pas la valeur ! Ce sont les biens qui sont la valeur !).

Chaque mois, en fonction de la croissance mesurée l’année précédente, de l’argent créé par la Banque Centrale serait donné à chaque citoyen, permettant une répartition de la croissance, et l’achat des biens nouveaux créés par les enteprises, sans crise.

Ainsi la masse monétaire réelle serait en augmentation relativement aux biens (et permettrait de les acheter !), et un contrôle strict empêcherait que la masse de crédits intérêts compris n’excède pas 1 ou 2 fois cette masse monétaire réelle.

Evidemment cela suppose une gestion responsable de la part de la Banque Centrale, qui doit être indépendante des Etats pour cela, mais obéir à des règles votées démocratiquement par les parlements.

Par ailleurs toute société privée bien constituée ne verse-t-elle pas des dividendes chaque année en cas de croissance et aucun dividende quand ça va mal ? Pourquoi ne pas le faire à l’échelle de toute la zone monétaire ? Les citoyens de la zone ne sont ils pas DE FAIT associés dans la même entreprise sociale ? Ainsi le dividende social serait un droit mais certainement pas un acquis, si la croissance n’est pas là, on n’augmente pas la masse monétaire réelle.

En faisant ainsi on supprime les cycles menant aux effondrements monétaires. Par contre on détruit l’avantage qu’ont les Banquiers de créer DE FAIT une pyramide dont ils sont les premiers bénéficiaires donc les premiers gagnants au détriment de tout le reste de l’économie.

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L’île des Naufragés

D’après un texte de Louis Even
Annoté par l’auteur du blog (NDLB)
Le Dividende Social
Augmenter la masse monétaire,
en mesurant la croissance,
et en distribuant la monnaie nécessaire pour l’acheter, à tous.
1. Sauvés du naufrage
Une explosion a détruit leur bateau. Chacun s’agrippait aux premières pièces flottantes qui lui tombaient sous la main. Cinq ont fini par se trouver réunis sur cette épave, que les flots emportent à leur gré. Des autres compagnons de naufrage, aucune nouvelle.
Depuis des heures, de longues heures, ils scrutent l’horizon: quelque navire en voyage les apercevrait-il? Leur radeau de fortune échouerait-il sur quelque rivage hospitalier?
Tout à coup, un cri a retenti: Terre! Terre là-bas, voyez ! Justement dans la direction où nous poussent les vagues!
Et à mesure que se dessine, en effet, la ligne d’un rivage, les figures s’épanouissent. Ils sont cinq:
François, le grand et vigoureux charpentier qui a le premier lancé le cri: Terre !
Paul, cultivateur; c’est lui que vous voyez en avant, à gauche, à genoux, une main à terre, l’autre accrochée au piquet de l’épave.
Jacques, spécialisé dans l’élevage des animaux: c’est l’homme au pantalon rayé qui, les genoux à terre, regarde dans la direction indiquée.
Henri, l’agronome horticulteur, un peu corpulent, assis sur une valise échappée au naufrage.
Thomas, le prospecteur minéralogiste, c’est le gaillard qui se tient debout en arrière, avec une main sur l’épaule du charpentier.
2. Une île providentielle
Remettre les pieds sur une terre ferme, c’est pour nos hommes un retour à la vie.
Une fois séchés, réchauffés, leur premier empressement est de faire connaissance avec cette île où ils sont jetés loin de la civilisation. Cette île qu’ils baptisent L’Île des Naufragés.
Une rapide tournée comble leurs espoirs. L’île n’est pas un désert aride. Ils sont bien les seuls hommes à l’habiter actuellement. Mais d’autres ont dû y vivre avant eux, s’il faut en juger par les restes de troupeaux demi-sauvages qu’ils ont rencontrés ici et là. Jacques, l’éleveur, affirme qu’il pourra les améliorer et en tirer un bon rendement.
Quant au sol de l’île, Paul le trouve en grande partie fort propice à la culture.
Henri y a découvert des arbres fruitiers, dont il espère pouvoir tirer grand profit.
François y a remarqué surtout les belles étendues forestières, riches en bois de toutes sortes: ce sera un jeu d’abattre des arbres et de construire des abris pour la petite colonie.
Quant à Thomas, le prospecteur, ce qui l’a intéressé, c’est la partie la plus rocheuse de l’île. Il y a noté plusieurs signes indiquant un sous-sol richement minéralisé. Malgré l’absence d’outils perfectionnés, Thomas se croit assez d’initiative et de débrouillardise pour transformer le minerai en métaux utiles.
Chacun va donc pouvoir se livrer à ses occupations favorites pour le bien de tous. Tous sont unanimes à louer la Providence du dénouement relativement heureux d’une grande tragédie.
3. Les véritables richesses
Et voilà nos hommes à l’ouvrage. Les maisons et des meubles sortent du travail du charpentier. Les premiers temps, on s’est contenté de nourriture primitive. Mais bientôt les champs produisent et le laboureur a des récoltes.
A mesure que les saisons succèdent aux saisons, le patrimoine de l’île s’enrichit. Il s’enrichit, non pas d’or ou de papier gravé, mais des véritables richesses: des choses qui nourrissent, qui habillent, qui logent, qui répondent à des besoins.
La vie n’est pas toujours aussi douce qu’ils souhaiteraient. Il leur manque bien des choses auxquelles ils étaient habitués dans la civilisation. Mais leur sort pourrait être beaucoup plus triste.
D’ailleurs, ils ont déjà connu des temps de crise au Canada. Ils se rappellent les privations subies, alors que des magasins étaient trop pleins à dix pas de leur porte. Au moins, dans l’Île des Naufragés, personne ne les condamne à voir pourrir sous leurs yeux des choses dont ils ont besoin. Puis les taxes sont inconnues. Les ventes par le shérif ne sont pas à craindre.
Si le travail est dur parfois, au moins on a le droit de jouir des fruits du travail.
Somme toute, on exploite l’île en bénissant Dieu, espérant qu’un jour on pourra retrouver les parents et les amis, avec deux grands biens conservés: la vie et la santé.
4. Un inconvénient majeur
Nos hommes se réunissent souvent pour causer de leurs affaires.
Dans le système économique très simplifié qu’ils pratiquent, une chose les taquine de plus en plus: ils n’ont aucune espèce de monnaie. Le troc, l’échange direct de produits contre produits, a ses inconvénients. Les produits à échanger ne sont pas toujours en face l’un de l’autre en même temps. Ainsi, du bois livré au cultivateur en hiver ne pourra être remboursé en légumes que dans six mois.
Parfois aussi, c’est un gros article livré d’un coup par un des hommes, et il voudrait en retour différentes petites choses produites par plusieurs des autres hommes, à des époques différentes.
Tout cela complique les affaires. S’il y avait de l’argent dans la circulation, chacun vendrait ses produits aux autres pour de l’argent. Avec l’argent reçu, il achèterait des autres les choses qu’il veut, quand il les veut et qu’elles sont là.
Tous s’entendent pour reconnaître la commodité que serait un système d’argent. Mais aucun d’eux ne sait comment en établir un. Ils ont appris à produire la vraie richesse, les choses. Mais ils ne savent pas faire les signes, l’argent.
Ils ignorent comment l’argent commence, et comment le faire commencer quand il n’y en a pas et qu’on décide ensemble d’en avoir… Bien des hommes instruits seraient sans doute aussi embarrassés; tous nos gouvernements l’ont bien été pendant dix années avant la guerre. Seul, l’argent manquait au pays, et le gouvernement restait paralysé devant ce problème.
5. Arrivée d’un réfugié
Un soir que nos hommes, assis sur le rivage, ressassent ce problème pour la centième fois, ils voient soudain approcher une chaloupe avironnée par un seul homme.
On s’empresse d’aider le nouveau naufragé. On lui offre les premiers soins et on cause. On apprend qu’il a lui aussi échappé à un naufrage, dont il est le seul survivant. Son nom: Martin Golden.
Heureux d’avoir un compagnon de plus, nos cinq hommes l’accueillent avec chaleur et lui font visiter la colonie.
— «Quoique perdus loin du reste du monde, lui disent-ils, nous ne sommes pas trop à plaindre. La terre rend bien; la forêt aussi. Une seule chose nous manque: nous n’avons pas de monnaie pour faciliter les échanges de nos produits.»
— «Bénissez le hasard qui m’amène ici! répond Martin. L’argent n’a pas de mystère pour moi. Je suis un banquier, et je puis vous installer en peu de temps un système monétaire qui vous donnera satisfaction.»
Un banquier!… Un banquier!… Un ange venu tout droit du ciel n’aurait pas inspiré plus de révérence. N’est-on pas habitué, en pays civilisé, à s’incliner devant les banquiers, qui contrôlent les pulsations de la finance?
6. Le dieu de la civilisation
— «Monsieur Martin, puisque vous êtes banquier, vous ne travaillerez pas dans l’île. Vous allez seulement vous occuper de notre argent.»
— «Je m’en acquitterai avec la satisfaction, comme tout banquier, de forger la prospérité commune.»
— «Monsieur Martin, on vous bâtira une demeure digne de vous. En attendant, peut-on vous installer dans l’édifice qui sert à nos réunions publiques?»
— «Très bien, mes amis. Mais commençons par décharger les effets de la chaloupe que j’ai pu sauver dans le naufrage: une petite presse, du papier et accessoires, et surtout un petit baril que vous traiterez avec grand soin.»
On décharge le tout. Le petit baril intrigue la curiosité de nos braves gens.
— «Ce baril, déclare Martin, c’est un trésor sans pareil. Il est plein d’or!»
Plein d’or! Cinq âmes faillirent s’échapper de cinq corps. Le dieu de la civilisation entré dans l’Ile des Naufragés. Le dieu jaune, toujours caché, mais puissant, terrible, dont la présence, l’absence ou les moindres caprices peuvent décider de la vie de 100 nations!
— «De l’or! Monsieur Martin, vrai grand banquier! Recevez nos hommages et nos serments de fidélité.»
— «De l’or pour tout un continent, mes amis. Mais ce n’est pas de l’or qui va circuler. Il faut cacher l’or: l’or est l’âme de tout argent sain. L’âme doit rester invisible. Je vous expliquerai tout cela en vous passant de l’argent.»
7. Un enterrement sans témoin
Avant de se séparer pour la nuit, Martin leur pose une dernière question:
— «Combien vous faudrait-il d’argent dans l’île pour commencer, pour que les échanges marchent bien?»
On se regarde. On consulte humblement Martin lui-même. Avec les suggestions du bienveillant banquier, on convient que 200 $ pour chacun paraissent suffisants pour commencer. Rendez-vous fixé pour le lendemain soir.
Les hommes se retirent, échangent entre eux des réflexions émues, se couchent tard, ne s’endorment bien que vers le matin, après avoir longtemps rêvé d’or les yeux ouverts.
Martin, lui, ne perd pas de temps. Il oublie sa fatigue pour ne penser qu’à son avenir de banquier. A la faveur du petit jour, il creuse un trou, y roule son baril, le couvre de terre, le dissimule sous des touffes d’herbe soigneusement placées, y transplante même un petit arbuste pour cacher toute trace.
Puis, il met en œuvre sa petite presse, pour imprimer mille billets d’un dollar. En voyant les billets sortir, tout neufs, de sa presse, il songe en lui-même:
— «Comme ils sont faciles à faire, ces billets! Ils tirent leur valeur des produits qu’ils vont servir à acheter. Sans produits, les billets ne vaudraient rien. Mes cinq naïfs de clients ne pensent pas à cela. Ils croient que c’est l’or qui garantit les piastres. Je les tiens par leur ignorance!»
Le soir venu, les cinq arrivent en courant près de Martin.
8. A qui l’argent frais fait?
Cinq piles de billets étaient là, sur la table.
— «Avant de vous distribuer cet argent, dit le banquier, il faut s’entendre.
«L’argent est basé sur l’or. L’or, placé dans la voûte de ma banque, est à moi. Donc, l’argent est à moi… Oh! ne soyez pas tristes. Je vais vous prêter cet argent, et vous l’emploierez à votre gré. En attendant, je ne vous charge que l’intérêt. Vu que l’argent est rare dans l’île, puisqu’il n’y en a pas du tout, je crois être raisonnable en demandant un petit intérêt de 8 pour cent seulement.
— «En effet, monsieur Martin, vous êtes très généreux.
— «Un dernier point, mes amis. Les affaires sont les affaires, même entre grands amis. Avant de toucher son argent, chacun de vous va signer ce document: c’est l’engagement par chacun de rembourser capital et intérêts, sous peine de confiscation par moi de ses propriétés. Oh! une simple garantie. Je ne tiens pas du tout à jamais avoir vos propriétés, je me contente d’argent. Je suis sûr que vous garderez vos biens et que vous me rendrez l’argent.
— «C’est plein de bons sens, monsieur Martin. Nous allons redoubler d’ardeur au travail et tout rembourser.»
— «C’est cela. Et revenez me voir chaque fois que vous avez des problèmes. Le banquier est le meilleur ami de tout le monde… Maintenant, voici à chacun ses deux cents dollars.»
Et nos cinq hommes s’en vont ravis, les piastres plein les mains et plein la tête.
9. Un problème d’arithmétique
L’argent de Martin a circulé dans l’île. Les échanges se sont multipliés en se simplifiant. Tout le monde se réjouit et salue Martin avec respect et gratitude.
Cependant, le prospecteur, est inquiet. Ses produits sont encore sous terre. Il n’a plus que quelques piastres en poche. Comment rembourser le banquier à l’échéance qui vient?
Après s’être longtemps creusé la tête devant son problème individuel, Thomas l’aborde socialement:
«Considérant la population entière de l’île, songe-t-il, sommes-nous capables de tenir nos engagements? Martin a fait une somme totale de 1000 $. Il nous demande au total 1080 $. Quand même nous prendrions ensemble tout l’argent de l’île pour le lui porter, cela ferait 1000 pas 1080. Personne n’a fait les 80 $ de plus. Nous faisons des choses, pas des piastres. Martin pourra donc saisir toute l’île, parce que tous ensemble, nous ne pouvons rembourser capital et intérêts.
«Si ceux qui sont capables remboursent pour eux-mêmes sans se soucier des autres, quelques-uns vont tomber tout de suite, quelques autres vont survivre. Mais le tour des autres viendra et le banquier saisira tout. Il vaut mieux s’unir tout de suite et régler cette affaire socialement.»
Thomas n’a pas de peine à convaincre les autres que Martin les a dupés. On s’entend pour un rendez-vous général chez le banquier.
10. Bienveillance du banquier
Martin devine leur état d’âme, mais fait bon visage. L’impulsif François présente le cas:
— «Comment pouvons-nous vous apporter 1080 $ quand il n’y a que 1000 $ dans toute l’île?»
— «C’est l’intérêt, mes bons amis. Est-ce que votre production n’a pas augmenté?»
— «Oui, mais l’argent, lui, n’a pas augmenté. Or, c’est justement de l’argent que vous réclamez, et non pas des produits. Vous seul pouvez faire de l’argent. Or vous ne faites que 1000 $ et vous demandez 1080 $. C’est impossible!»
— «Attendez, mes amis. Les banquiers s’adaptent toujours aux conditions, pour le plus grand bien du public… Je ne vais vous demander que l’intérêt. Rien que 80$. Vous continuerez de garder le capital.» (à rapprocher de la « dette de l’Etat » NDLB).
— «Vous nous remettez notre dette?»
— «Non pas. Je le regrette, mais un banquier ne remet jamais une dette. Vous me devrez encore tout l’argent prêté. Mais vous ne me remettrez chaque année que l’intérêt, je ne vous presserai pas pour le remboursement du capital. Quelques-uns parmi vous peuvent devenir incapables de payer même leur intérêt, parce que l’argent va de l’un à l’autre. Mais organisez-vous en nation, et convenez d’un système de collection. On appelle cela taxer. Vous taxerez davantage ceux qui auront plus d’argent, les autres moins. Pourvu que vous m’apportiez collectivement le total de l’intérêt, je serai satisfait et votre nation se portera bien.»
Nos hommes se retirent, mi calmés, mi-pensifs.
11. L’extase de Martin Golden
Martin est seul. Il se recueille. Il conclut:
«Mon affaire est bonne. Bons travailleurs, ces hommes, mais ignorants. Leur ignorance et leur crédulité font ma force. Ils voulaient de l’argent, je leur ai passé des chaînes. Ils m’ont couvert de fleurs pendant que je les roulais.
«Oh! grand banquier, je sens ton génie de banquier s’emparer de mon être. Tu l’as bien dit, illustre maître: « Qu’on m’accorde le contrôle de la monnaie d’une nation et je me fiche de qui fait ses lois ». Je suis le maître de l’Ile des Naufragés, parce que je contrôle son système d’argent.
«Je pourrais contrôler un univers. Ce que je fais ici, moi, Martin Golden, je puis le faire dans le monde entier. Que je sorte un jour de cet îlot: je sais comment gouverner le monde sans tenir de sceptre.»
Et toute la structure du système bancaire se dresse dans l’esprit ravi de Martin.
12. Crise de vie chère
Cependant, la situation empire dans l’Île des Naufragés. La productivité a beau augmenter, les échanges ralentissent. Martin pompe régulièrement ses intérêts. Il faut songer à mettre de l’argent de côté pour lui. L’argent colle, il circule mal.
Ceux qui paient le plus de taxes crient contre les autres et haussent leurs prix pour trouver compensation. Les plus pauvres, qui ne paient pas de taxes, crient contre la cherté de la vie et achètent moins.
Le moral baisse, la joie de vivre s’en va. On n’a plus de cœur à l’ouvrage. A quoi bon? Les produits se vendent mal; et quand ils se vendent, il faut donner des taxes pour Martin. On se prive. C’est la crise. Et chacun accuse son voisin de manquer de vertu et d’être la cause de la vie chère.
Un jour, Henri, réfléchissant au milieu de ses vergers, conclut que le «progrès» apporté par le système monétaire du banquier a tout gâté dans l’Ile. Assurément, les cinq hommes ont leurs défauts; mais le système de Martin nourrit tout ce qu’il y a de plus mauvais dans la nature humaine.
Henri décide de convaincre et rallier ses compagnons. Il commence par Jacques. C’est vite fait: «Eh! dit Jacques, je ne suis pas savant, moi; mais il y a longtemps que je le sens: le système de ce banquier-là est plus pourri que le fumier de mon étable du printemps dernier!»
Tous sont gagnés l’un après l’autre, et une nouvelle entrevue avec Martin est décidée.
13. Chez le forgeur de chaînes
Ce fut une tempête chez le banquier:
— «L’argent est rare dans l’île, monsieur, parce que vous nous l’ôtez. On vous paie, on vous paie, et on vous doit encore autant qu’au commencement. On travaille, on fait de plus belles terres, et nous voilà plus mal pris qu’avant votre arrivée. Dette! Dette! Dette par-dessus la tête!»
— «Allons, mes amis, raisonnons un peu. Si vos terres sont plus belles, c’est grâce à moi. Un bon système bancaire est le plus bel actif d’un pays. Mais pour en profiter, il faut garder avant tout la confiance dans le banquier. Venez à moi comme à un père… Vous voulez d’autre argent ? Très bien. Mon baril d’or vaut bien des fois mille dollars… Tenez, je vais hypothéquer vos nouvelles propriétés et vous prêter un autre mille dollars tout de suite.»
— «Deux fois plus de dette? Deux fois plus d’intérêt à payer tous les ans, sans jamais finir?»
— «Oui, mais je vous en prêterai encore, tant que vous augmenterez votre richesse foncière; et vous ne me rendrez jamais que l’intérêt. Vous empilerez les emprunts; vous appellerez cela dette consolidée. Dette qui pourra grossir d’année en année. Mais votre revenu aussi. Grâce à mes prêts, vous développerez votre pays.» (Et les intérêts grossissent… forçant une fuite en avant ! NDLB)
— «Alors, plus notre travail fera l’île produire, plus notre dette totale augmentera?»
— «Comme dans tous les pays civilisés. La dette publique est un baromètre de la prospérité.»
14. Le loup mange les agneaux
— «C’est cela que vous appelez monnaie saine, monsieur Martin ? Une dette nationale devenue nécessaire et impayable, ce n’est pas sain, c’est malsain.»
— «Messieurs, toute monnaie saine doit être basée sur l’or et sortir de la banque à l’état de dette. La dette nationale est une bonne chose: elle place; les gouvernements sous la sagesse incarnée dans les banquiers. A titre de banquier, je suis un flambeau de civilisation dans votre île.»
— «Monsieur Martin, nous ne sommes que des ignorants, mais nous ne voulons point de cette civilisation-là ici. Nous n’emprunterons plus un seul sou de vous. Monnaie saine ou pas saine, nous ne voulons plus faire affaire avec vous.»
— «Je regrette cette décision maladroite, messieurs. Mais si vous rompez avec moi, j’ai vos signatures. Remboursez-moi immédiatement tout, capital et intérêts.»
— «Mais c’est impossible, monsieur. Quand même on vous donnerait tout l’argent de l’île, on ne serait pas quitte.»
— «Je n’y puis rien. Avez-vous signé, oui ou non? Oui? Eh bien, en vertu de la sainteté des contrats, je saisis toutes vos propriétés gagées, tel que convenu entre nous, au temps où vous étiez si contents de m’avoir. Vous ne voulez pas servir de bon gré la puissance suprême de l’argent, vous la servirez de force. Vous continuerez à exploiter l’île, mais pour moi et à mes conditions. Allez. Je vous passerai mes ordres demain.»
15. Le contrôle des média
Comme Rothschild, Martin sait que celui qui contrôle le système d’argent d’une nation contrôle cette nation. Mais il sait aussi que, pour maintenir ce contrôle, il faut entretenir le peuple dans l’ignorance et l’amuser avec autre chose.
Martin a remarqué que, sur les cinq insulaires, deux sont conservateurs et trois sont libéraux. Cela paraît dans les conversations des cinq, le soir, surtout depuis qu’ils sont devenus ses esclaves. On se chicane entre bleus et rouges.
De temps en temps, Henri, moins partisan, suggère une force dans le peuple pour faire pression sur les gouvernants… Force dangereuse pour toute dictature.
Martin va donc s’appliquer à envenimer leurs discordes politiques le plus possible.
Il se sert de sa petite presse et fait paraître deux feuilles hebdomadaires: «Le Soleil», pour les rouges; «L’Étoile», pour les bleus. «Le Soleil» dit en substance: Si vous n’êtes plus les maîtres chez vous, c’est à cause de ces arriérés de bleus, toujours collés aux gros intérêts.
«L’Étoile» dit en substance: Votre dette nationale est l’œuvre des maudits: rouges, toujours prêts aux aventures politiques.
Et nos deux groupements politiques se chamaillent de plus belle, oubliant le véritable forgeur de chaînes, le contrôleur de l’argent, Martin.
16. Une épave précieuse
Un jour, Thomas, le prospecteur, découvre, échouée au fond d’une anse, au bout de l’île et voilée par de hautes herbes, une chaloupe de sauvetage, sans rame, sans autre trace de service qu’une caisse assez bien conservée.
Il ouvre la caisse: outre du linge et quelques menus effets, son attention s’arrête sur un livre-album en assez bon ordre, intitulé: « Dividende Social« .
Curieux, notre homme s’assied et ouvre ce volume. Il lit. Il dévore. Il s’illumine:
«Mais, s’écrie-t-il, voilà ce qu’on aurait dû savoir depuis longtemps.
«L’argent ne tire nullement sa valeur de l’or, mais des produits que l’argent achète».
«L’argent peut être une simple comptabilité, les crédits passant d’un compte à l’autre selon les achats et les ventes. Le total de l’argent en rapport avec le total de la production.»
«A toute augmentation de production, doit correspondre une augmentation équivalente d’argent… Jamais d’intérêt à payer sur l’argent naissant… Le progrès représenté, non pas par une dette publique (Seule façon de mettre de l’argent en circulation de 1971 à 2008: s’endetter via l’Etat l’Entreprise ou les Individus, avec intérêts à la clé… créant une pyramide « à la madoff », mais globale), mais par un dividende égal à chacun. Le Dividende Social…»
Thomas n’y tient plus. Il se lève et court, avec son livre, faire part de sa splendide découverte à ses quatre compagnons.
17. L’argent, simple comptabilité
Et Thomas s’installe professeur:
«Voici, dit-il, ce qu’on aurait pu faire, sans le banquier, sans or, sans signer aucune dette.
«J’ouvre un compte au nom de chacun de vous. A droite, les crédits, ce qui ajoute au compte; à gauche, les débits, ce qui le diminue.
«On voulait chacun 200 $ pour commencer. D’un commun accord, décidons d’écrire 200 $ au crédit de chacun. Chacun a tout de suite 200 $.
«François achète des produits de Paul, pour 10 $. Je retranche 10 à François, il lui reste 190. J’ajoute 10 à Paul, il a maintenant 210.
«Jacques achète de Paul pour 8 $. Je retranche 8 à Jacques, il garde 192. Paul, lui, monte à 218.
«Paul achète du bois de François, pour 15 $. Je retranche 15 à Paul, il garde 203; j’ajoute 15 à François, il remonte à 205.
«Et ainsi de suite; d’un compte à l’autre, tout comme des piastres en papier vont d’une poche à l’autre.
«Mais comme la valeur totale des biens augmente au fur et à mesure qu’on installe des biens durables (maisons, ponts, charrues etc…), il faut créer plus d’argent pour les échanger, COMMENT ?»
L’argent paye le travail fait, on paye après pas avant. Si la croissance de la valeur des biens, basée sur le prix des transactions du marché, démontre par exemple une croissance de 3% dans l’année, alors on crédite chacun des N individus de la collectivité de sorte que M(A+1) = M(A) + 3%*M(A), M(A) étant la masse monétaire totale précédente (donc de M(A+1)/N pour 1 individu). On cesse cette augmentation si la croissance n’est pas là, voire on vend des actifs s’il y a décroissance (pour retirer de la masse monétaire).
Cette solution n’est pas autre chose que la gestion saine d’une société privée, sauf que dans ce cas, la société est globale fermée, la quantité totale de monnaie est finie et connue à chaque instant.
Chaque citoyen est actionnaire de droit à titre parfaitement égal avec tous les autres citoyens, et le dividende social est parfaitement équitable de ce point de vue. Il n’empêche pas les citoyens les plus méritants de gagner plus en créant de la valeur, et contribue à une répartition de la richesse quand cette richesse existe réellement (croissance), ainsi qu’à la fluidité globale de la monnaie.
Chaque citoyen actionnaire social reçoit en monnaie la répartition de la croissance qui est leur droit inaliénable, dès lors qu’il a accepté la monnaie nationale comme valeur d’échange (c’est le contrat).
(NDLB)
18. Désespoir du banquier
Tous ont compris. La petite nation est devenue créditiste. Le lendemain, le banquier Martin reçoit une lettre signée des cinq:
«Monsieur, vous nous avez endettés et exploités sans aucune nécessité. Nous n’avons plus besoin de la dette pour régir notre système d’argent. Nous aurons désormais tout l’argent qu’il nous faut, sans or, sans dette. Nous établissons immédiatement dans l’île des Naufragés le système du Dividende Social qui remplacera la dette nationale»
«Nous vous proposons de continuer votre métier de Banquier, de tenir les comptes, et de nous offrir de réels services additionnels, comme des systèmes de paiements par chèque, par transmission de signaux, des aides à la prudence budgétaire etc… que nous vous paierons si votre offre correspond à nos besoins, et nous semble d’un prix raisonnable».
Martin est tout d’abord au désespoir. C’est son empire qui s’écroule. Les cinq devenus actionnaires de la société, plus de mystère d’argent ou de crédit pour eux.
«Que faire ? Accepter leur proposition ! Après tout moi aussi je bénéficierai du dividende social ! Si je les aide à gérer leurs risques, dans 10 ans nous aurons installé le téléphone, l’eau courante, et tout un tas de services à haute valeur ajoutée, dont moi aussi je bénéficierai !»
Martin écrit sa réponse à la Nation :
« J’accepte votre proposition ! Je demande aussi que la masse monétaire totale permanente ainsi créée soit publiée de façon totalement transparente, et vous alerte sur le fait que le crédit reste un levier jouable pour les grands projets à condition que sa masse totale de crédit intérêts compris n’excède pas la masse monétaire totale permanente, ce qui demandera un travail de contrôle, payé par ces mêmes intérêts, dont le total est de fait limité dans le temps par cette règle ». (NDLB)
Après réflexion les actionnaires sociaux sont d’accord sur cet apport de Martin qui améliore la solution. Tout semble désormais en place pour travailler dans de bonnes conditions, et pour que la monnaie existante soit en rapport avec la croissance des biens disponibles.
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Références
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